Il était une fois et pas deux, car on ne l’y prendra plus, une brodeuse de toiles, qui avait décrété un jour bleu. En effet, elle s’affola lorsque, tournant le regard pour vérifier si le chagrin, vu de l’envers, devenait bien son contraire, elle s'aperçu que son pinceau le plus grand, en avait profité pour s’étendre jusqu’à une douce pastelle.
alors qu’elle le ramenait par le manche, prenant soin de lui aiguiser les poils afin qu’il soit plus concentré, elle fut interpellée par un homme aux tons gris indélébiles .
"Mademoiselle, vos couleurs sont si criardes, que tout ce boucan me revêt de blanc. c‘est pourquoi je vous demanderais mademoiselle, de n’y rien changer, s'il vous plait mademoiselle".
"Ooooh! mais qu’elle uniformité" ! pensa t’elle, tout en accentuant légèrement le rouge à ses joues.
Elle réfléchit un instant, levant ainsi un vent moiré dans les cheveux du garçon qui n'était pas frileux.
Mais qui êtes vous, vos traits me sont familiers? signa t'elle
"Oh madame, veuillez excuser cette outrecuidance, je suis un Merveilleux Imbécile! souffla le jongleur de fusain.
C'était la première fois qu'elle en rencontrait un.Nous avions là un beau spécimen; qui avait réellement l'air ailleurs et le bras féroce.
il la contemplait d'un ocre insistant.Mais La voltigeuse, était si occupée à emmêler ses pinceaux,qu'elle ne remarqua pas que le ténébreux virait doucement au pourpre.Il fit pourtant une embardée vers un coin du tableau, obligeant cette dernière à changer de point de vue. il fallait se rendre à l'évidence, tout alentour risquait de virevolter sans ce Merveilleux Imbécile pour pointiller.Elle ne s'attarda pas à cette obscure pensée et brandit son arc en ciel, par mesure de précaution.Tout submergé qu'il était, cherchant une issue, au bord de la palette, le petit ramoneur,se débattait dans ce champ de pigments sauvages.Enfin,il parvint à delayer le faux du vrai, puis proclama son amour sans nuance.Le minois de l'enlumineuse en perdit ses couleurs ,qui allèrent rejoindre la terre avec éclat.Mais l'homme insistait et chantait ses sentiments,à rouge gorge déployée.
Soudain,au milieu des mauves et du matin,elle lui prit la main.son chevalet, d'ordinaire si méfiant, venait de s'enrouler ronronnant, autour des épaules du galant.
Elle sut à cet instant, que cet encrier, n'était autre que le Merveilleux Imbécile qu'elle avait depuis toujours déssiné.
( A Mademoiselle Colonelle, qui m'accueillit dans son pays aux mille couleurs, bien que je n'eus aucun papier à lui présenter..)