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SHARON

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Il y a des jours comme ça ,où on ferait mieux.. Je ne sais pas; d'épiler le jardin,de compter ses cheveux ,de déplacer les objets par la pensée,d'apprendre le dico Inuito-islandais ,de chercher et trouver le dahu . Et de s'en tenir exclusivement à ça.
Mais non. Moi, il a fallu que j'invite Sharon à déjeuner.

Je suis fou de cette fille depuis le lycée. Plus exactement, depuis le jour où elle a débarqué dans une robe,qui aurait sexué un caillou. Elle déambulait dans le couloir comme si la terre continuait de tourner. Sans se soucier du fait que, tout à coup,la collision entre élèves ,était devenue une religion, que si le mot "déontologie" évoquait encore vaguement quelque chose aux professeurs,il s'apparentait au Kamasoutra, que le bâtiment entamait tout juste,la fonte des portes. Elle avançait, tête haute; "Bosom-driver".
C'est pourquoi, lorsque nous nous sommes croisés, je l'ai totalement ignorée.Je ne voulais pas risquer une crise cardiaque, une asphyxie ou pire encore une érection. j'ai donc rassemblé toute ma force de conviction, pour estimer que ,durant les six prochaines secondes, les numéros de salle de classe, seraient ,mon coeur, ma mie, mon âme. Et ça a fonctionné. Inébranlable, je fus. Bien que propulsé en  plein épicentre.
Mais il y  avait une chose, un détail, que je n'avais pas prévu: cela a attiré son attention. Cette fille ne m'avait absolument jamais remarqué. Mais avec ma petite stratégie anti-liquéfaction, je me mis à exister pour elle. J'étais dans de beaux draps, ce simple coup d'œoeil qu'elle venait de me jeter, me rangea définitivement dans le camp des amoureux transis.
Dès lors, chaque fois que nous nous rencontrions dans l'enceinte du lycée, elle me regardait et me souriait ou bien m'ignorait pendant que sa copine épiait ma réaction. Et oui mesdames, nous sommes conscients de n'être que les chevaux de bois de vos petits manèges éphémères. Pour ma part, j'étais absorbé par les fameux numéros de salle de classe, les arbres nus de l'automne, les papiers gras au sol ou par la réponse d'un professeur à qui je venais de  poser une question imbécile, inutile ou inaudible.
 Sharon  devait penser que j'étais; atteint de tocs, écolo, boulimique et faillot. Un vrai Brad Pitt en somme.
Malgré ce constat désastreux, j'étais incapable de la regarder, de lui sourire ou de lui parler.Même pas un
 "oh c'est imbouffable à la cantine!" ou "Ras le bol de mes darons" ou même un "sinon..tu fais un truc samedi?" Pas un mot.Impossible.

J'ai passé les deux dernières années de lycée comme ça. Sans jamais avouer mon amour pour elle, ni à Sharon, ni à sa copine.

Dix ans plus tard, j'ai soigné ma timidité, sans, pour autant,être devenu un coureur. Je suis beaucoup plus à L'aise avec les femmes, qui ne produisent plus sur moi, l'effet de la roulette chez le dentiste.
Du moins c'était vrai jusqu'à ce matin. Avant que je percute Sharon.
J'étais très en retard au travail, à cause de ma mère qui m'avait supplié de la déposer chez la coiffeuse car il était hors de question qu'elle se rende au dîner des amis de son nouveau petit ami, peignée comme un "dessous de bras!"

Elle n'était évidemment pas prête  lorsque j'ai sonné à sa porte.
Le temps n'a pas la même valeur chez ma mère, que dans le monde. Sa façon de le considérer, rend caduc,la conception du décalage horaire. Lorsque je suis avec elle, j'ai une idée du temps qu'il fait à Buenos-Aires.
Toute cette farce ,m'a conduit à rater mon premier rendez-vous à l'agence et a décréter que, quand bien même une Sharon se jetterais dans mes bras, je ne louperais pas le second. Et oui, après tout ce temps, elle était devenue  pour moi, le dernier niveau sur l'échelle des souhaits et miracles, que l'on prend bien soin de ranger en soi, pour taquiner Dieu à l'occasion.

Mais ce dernier, est assez mauvais joueur et m'a taclé bien comme il fallait. Ma Sharon ne s'est pas jetée dans mes bras, elle m'a éclaté une côte avec sa tête en me percutant à l'angle de la rue où j'avais garé ma voiture.
Tout étourdis que nous étions, nous ne nous sommes pas reconnus tout de suite. Je me suis péniblement relevé en m'assurant que,ni ma cage thoracique, ni mon costard Armani n'étaient perforés. Puis je me suis intéressé à la bombe qui venait de me prendre pour cible. Elle était de la catégorie atomique. Les cheveux blonds, un tailleur court et une voix de plus en plus aigue à mesure que les insultes émanaient d'elle.
Mais je la reconnus et sous le choc de la collision lui dis avec le plus grand calme: "Sharon! Quel plaisir! Tu te souviens de moi? Nous étions au lycée ensemble? Tu terminerais de m'achever en acceptant de déjeuner avec moi"
Tout cela fut dit en apnée.
Elle me regarda  ,fouillant dans sa mémoire, puis  elle me remit. Elle rougit, brossa sa jupe avec le dos de sa main, se recoiffa, et me dit:
" ah mais bien sûr..euh..Axel c'est ça?"
Dieu pouvait bien me balancer tous les fous furieux dans l'abdomen, Sharon connaissait mon prénom, j'étais maintenant en béton.
"Oui c'est ça."
"Avec plaisir, alors. Tiens je te laisse mon numéro, appelle moi vers 11h30, j'en saurai plus sur mon emploi du temps".
J'ai saisi la carte de visite qu'elle me tendait, lui ai souri puis ai fait une mou qui voulais dire "bon faut que j'y aille" elle a hoché la tête et chacun a repris sa route.
J'ai fait le chemin jusqu'à l'agence en me tenant la côte, chérissant presque cette douleur qui était la preuve que je n'avais pas rêvé.
J'ai passé toute la matinée , comme enveloppé dans du coton avec les souvenirs au bord des yeux. Cette fille  n'avait jamais quitté mon esprit et la vie me donnait une chance de la connaître, et qui sait, peut-être de la conquérir.
Mais les choses ont commencé à se gâter au fur et à mesure que le temps s'écoulait. J'ai commencé par ressentir le besoin de boire de l'eau toutes les trente secondes, car ma bouche était devenu un puit sans fond, je tremblais, je soufflais comme le fond les haltérophiles ,avant d'empoigner leurs poids, je tournais en rond dans mon bureau, replaçant des cadres, des dossiers, dont je m'étais toujours éperdument foutu, je faisais des aller et retour incessants aux toilettes comme un môme de trois ans qui ne sait pas encore bien, si sa vessie est son alliée ou sa pire ennemie. Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Cette mascarade dure maintenant depuis presque une heure et demie. Il est 11h27, mes mains sont moites, crispées sur le combiné. Dans trois minutes, je suis sensé appeler Sharon pour confirmer le déjeuner. Et je ne sais pas encore si je pourrai.

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Ajouté le 16:46 à 8/9/2008
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Tendresse, Geneviève

baboline - 13:05 - 2/10/2008

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